Le boucher commençait à se déshabiller.
—Qu'est-ce que vous voulez, Gilbert?
Le bûcheron montra sa cravate, verte autrefois, mais déteinte et fanée par la grande pluie qu'elle avait reçue, et dit gravement:
—Je crois qu'il n'y a pas moyen, avec une cravate pareille.
—Elle n'est pas belle, pour sûr. Voulez-vous la mienne?
—Non. Chez nous, on est glorieux, Hourmel. Quand ma fille à moi, qui s'appelle Marie, a fait sa communion, elle était la mieux habillée de tout Fonteneilles... Et moi, voyez-vous, mes Pâques, ça doit ressembler à celles de Marie: il y a plus de dix ans, et même plus de vingt que je les fais attendre.
—C'est juste, dit Hourmel, pour ne pas contrarier son ami.
Il chercha à rassembler ses souvenirs,—tous les muscles de son épais visage se tendirent en avant,—et il se rappela qu'un de ses camarades, avant de venir à Faÿt, avait assisté à un mariage.
—Il va vous prêter sa cravate blanche, mon vieux, et vous aurez l'air d'un prince. J'y vais tout de suite.
Il y alla. Le lendemain, au milieu des quatre-vingts hommes groupés dans la chapelle de Faÿt, il y en eut un qui portait une cravate blanche pour «faire ses Pâques de novembre». C'était le fils de la mère Cloquet.