—Monsieur Heilman?

Celui-ci avait ouvert la porte de la salle à manger; il se pencha en arrière, tournant la tête vers l'entrée du couloir d'où venait la voix. Ses yeux, déjà réhabitués à la lumière de la lampe, firent effort pour s'adapter à l'ombre...

—Ah! c'est vous, Cloquet? Entrez!

Gilbert était tout défaillant. Il monta les marches; il entra, et regarda d'abord tout autour de lui. Madame Heilman n'était pas dans la salle à manger, où toutes choses venaient d'être mises en ordre par elle, comme chaque soir: la lampe sur la table bien nette, les chaises le long des murs, la cafetière près du foyer éteint, pour le café du lendemain. Heilman se tenait debout, les jambes appuyées au haut bout de la table, et face à la porte. Il considéra, en reniflant et le visage en défiance, ce bouvier de hasard, qui revenait sans doute demander du travail après son équipée. Il en avait déjà bien vu, de ces aventuriers, traversant les terres frontières, venus de l'ouest ou de l'est, ivrognes ou débauchés, nomades avant tout. Il en avait trop vu pour se montrer violent avec eux. Un long moment il attendit, surpris que Gilbert ne s'excusât pas.

—C'est un joli exemple que vous avez donné! dit-il. Quatre jours de noce! Moi qui vous avais pris pour un bon ouvrier! Ma femme m'avait bien dit. «Il fera un coup de tête!» Elle n'a rien compris, samedi soir, quand vous êtes parti... Mais vous êtes comme les autres, sans cœur à l'ouvrage. Où avez-vous été?

Gilbert fit un geste vague:

—J'ai vu beaucoup de pays, dit-il.

—Et maintenant vous voudriez rentrer? Je connais ça; mais je dois vous prévenir:... je vous ai remplacé; j'ai pris un jeune homme qui passait, quelqu'un qui ne vaut sans doute pas mieux que vous... ce qu'on trouve à présent.

—Non, je ne demande pas à rentrer; je m'en retourne chez nous.

—Ah!... C'est bien!... Je vais vous payer, alors... Monsieur Walmery me remboursera...