—Ça n'est que ça? un article de journal?
—Non, dit Ravoux, en abaissant le papier, une feuille double, format écolier, couverte d'une écriture appliquée de copiste populaire,—non, c'est un appel qui vient de Paris, aux travailleurs de la terre!... Après les ouvriers de l'usine on va enrôler les travailleurs de la terre, tous, tous!
Les visages devinrent sérieux; les hommes qui formaient un demi-cercle devant Ravoux s'approchèrent de quinze pouces, sans se lever, et en se traînant sur les feuilles. Il y eut un remuement de branches et de ramilles. Et le merle chanta encore, très loin. Ravoux ouvrait la bouche en arc; il prononçait bien; il goûtait les phrases; il avait des dents blanches qui riaient aux beaux endroits:
«Aux travailleurs de la terre!
»Camarades, depuis des années et des années, depuis des siècles et des siècles, nous sommes courbés du matin au soir, sur la terre, sans réfléchir à notre sort, sans regarder autour de nous, persuadés, d'ailleurs, qu'on ne peut faire autrement que de se donner une peine immense pour manger un morceau de pain.»
L'auditoire laissa passer l'exorde sans manifester aucun sentiment. Il connaissait le début; il en était las déjà. Ravoux reprit:
«Mais il n'est jamais trop tard pour bien faire! Posons-nous donc ensemble cette question, et répondons-y franchement:
»Qui produit le blé, c'est-à-dire le pain pour tous? Le paysan!
»Qui fait venir l'avoine, l'orge, toutes les céréales? Le paysan!
»Qui élève le bétail pour procurer la viande? Le paysan!