—Avait-il sa cognée? demanda Ravoux.
—Eh! oui, il l'avait!
—Il s'est loué tout seul! Le traître! cria Tournabien. Allons le débaucher! Ohé! camarades! Qui est-ce qui vient débaucher Cloquet?
Les deux mains en porte-voix, Tournabien avait crié cela de tous ses poumons. De l'abri des cordes de moulée, ou des piles de charbonnette, ici et là, des hommes surgirent. Plusieurs se contentèrent de regarder du côté des voix. D'autres, sautant par-dessus les branches abattues, accoururent. Les bûcherons autour de Ravoux s'assemblaient, gesticulaient, et se heurtaient en remous, les uns voulant descendre sur Fonteneilles, les autres non. Le président, le visage tout blanc d'émotion dans sa barbe noire, essayait d'arrêter Tournabien, Supiat et Lamprière, les trois plus ardents. Des poings se levaient sur lui, il n'en avait aucun souci. De ses deux mains poilues, il tenait par le bras le plus fort des énergumènes, et luttait avec lui.
—Tu m'écouteras, Tournabien!
—Non, j'y vas! A bas les traîtres!
—N'y allez pas! Gilbert a le droit de travailler.
—Pas tout seul!
—Si, tout seul, parce qu'il a été embauché par le propriétaire. C'est reconnu par tout le monde.
—Je m'en f...! Au bois de Fonteneilles, camarades! A la chasse!