—Je ne suis pas de ceux qui peuvent plaire, dit Michel.
Il rougit de l'aveu. Antoinette eut un regard de haut en bas et de bas en haut, et elle répondit, avec un grand air sérieux:
—Pourquoi dites-vous cela? En toute vérité, vous vous jugez mal, et vous nous calomniez. La plupart des femmes sont comme moi, je suppose, moins sensibles à la beauté des traits, chez un homme, qu'à l'âme qui est dessous, et un visage ne déplaît jamais, quand on y devine beaucoup d'énergie et de droiture.
Il lui tendit la main.
—Merci... Vous avez l'habitude de consoler, mademoiselle, je le vois... Mais il faudrait que ce que vous me dites me fût répété, pour que j'y pusse croire. On m'a trop dit le contraire...
—S'il ne faut que cela, je vous le répéterai!
—Nous nous voyons tous les deux ou trois mois. Vous aurez le temps d'oublier!
—Je n'oublie jamais. J'irai vous le dire, jusqu'à Fonteneilles s'il le faut! Je suis très libre à la Vaucreuse.
Elle riait maintenant. Ils s'étaient remis à marcher dans le soleil clair. Ils allaient vite. Ils retrouvèrent, à la sortie du bosquet, le général et M. Jacquemin. Les deux hommes étaient d'accord. Il suffisait, pour en avoir la certitude, de voir la détente physique qui s'était produite chez l'un et chez l'autre, l'abandon, l'espèce de lassitude qui suit un entretien mouvementé.
Mais une nuance d'embarras survivait à l'accord. Antoinette, trop jeune pour tout observer, ne vit, dans l'expression joyeuse de son père, venu au-devant d'elle et subitement épanoui en l'apercevant, qu'un témoignage nouveau d'une tendresse et d'un orgueil paternel qui s'exprimaient chaque jour de mille manières. Mais Michel fut troublé, quand M. Jacquemin lui prit les deux mains et lui dit, d'un ton brusque et pénétré: