—Madame, murmura-t-il, vous êtes très jeune. Mais dussé-je vous paraître appartenir à l'âge du fer ou de la pierre, je trouve la conduite de monsieur de Rueil inqualifiable.
La baronne de Saint-Saulge, luttant contre le fou rire, répondit après un instant:
—Quel drôle de dictionnaire vous avez, monsieur!
—Ce n'est pas une question de dictionnaire, madame; c'est le fond même de nos sentiments qui diffère... complètement... complètement.
Il salua, et la jeune femme suivit, de ses yeux où le rire diminuait, cet oncle singulier qu'elle n'avait pas encore catalogué dans sa riche collection de souvenirs mondains.
Il faisait chaud. La soirée manquait d'entrain depuis l'arrivée de ce personnage encombrant qui semblait accaparer, de loin, l'attention de madame de Rueil et, de près, celle de madame de Saint-Saulge. Elle se traîna une demi-heure encore, jusqu'au thé. Puis, le bruit des voitures, tournant une à une devant le château, fit crépiter les vitres. Les voisins se séparèrent avec des «Charmante soirée, à bientôt», qui n'étaient pas tout à fait aussi faux qu'ailleurs. Madame de Saint-Saulge, en prenant congé de son amie, lui dit à l'oreille:
—Exquis, ton oncle!
—Tu trouves?
—Impossible de s'ennuyer un instant avec lui. Il a inventé sur ton compte une histoire folle. Je l'ai emballé. Nous avons fini par nous dire des injures. Je viendrai te conter cela demain matin.
Guillaumette répondit, avec le sourire calme qui lui était habituel: