—Oui, oui, monsieur Biolaz, de Hauteville. Ah! là, là, que je suis malade, mon pauvre monsieur!
—Pas tant que vous le croyez, monsieur Chogne... regardez-moi?
Au fond de la pièce, plusieurs voix d'hommes protestèrent:
—Faut le laisser... Il est assez malade comme ça... Puisqu'il ne veut pas remuer, cet homme, pourquoi le tourmenter?
On entendit la voix traînante du notaire:
—Passez-moi la lanterne?
Les quatre mots tombèrent dans un silence aussi profond que s'ils avaient été prononcés au milieu des champs de neige et de la brume de l'aube. M. Biolaz les répéta, du même ton tranquille. Alors, l'homme qui était venu au-devant de lui, dans la cour, un très grand, qui avait son chapeau enfoncé jusqu'aux yeux, prit la lanterne par l'anse de cuivre et la leva, sans quitter le milieu de sa chambre. M. Biolaz n'insista pas; mais il observa, en se penchant, le testateur qui s'était remis à geindre, puis il se détourna vivement. Au fond de la pièce, sur un banc, le long du mur, trois autres paysans écoutaient et regardaient, respirant à peine, le buste tendu en avant. Le mouvement du notaire les fit se redresser, comme s'ils avaient été pris en faute. L'un d'eux dit avec humeur:
—Faites donc votre métier, monsieur Biolaz, au lieu de vous dandiner comme ça dans votre peau de bique.
Le notaire n'hésita plus: il eut le sentiment qu'il était seul contre cinq, car Anthelme rentrait, après avoir dételé la jument, et il disait:
—C'est ça; approchez vos papiers de la lanterne, monsieur Biolaz; là, vous serez bien pour écrire; nous n'avons plus de pétrole, malheureusement; on a tout dépensé ces jours-ci, vous comprenez.