—Alors tu vois bien que tu es chez toi, puisque je te dois!

Elle resta un moment sans rien dire, puis reprit:

—Je veux bien, seulement tu emporteras des hardes et du meuble, pour ne pas arriver là-bas comme un mendiant.

—Pourvu que tu aies ta suffisance, dit Le Bolloche, je ne demande pas mieux.

La grand'mère ne répondit plus. Le sacrifice était accepté. C'était fini.

Parmi les pauvres, les effusions de remerciements sont inconnues. Il n'y en eut pas. L'aïeule, qui avait les mains jointes sur la poitrine, les souleva seulement par deux fois, pour montrer combien elle était touchée.

Ce fut tout.

Ils s'assirent pour souper, autour d'une salade dont le pré avait fait les frais. Rendus tristes par la pensée d'un changement si grand et si prochain, ils ne se parlaient pas. A quoi bon? Le même regret les poignait tous. Ils avaient lutté jusqu'au bout. La misère était la plus forte. A quoi bon?

Cependant Le Bolloche remarqua que la grand'mère ne mangeait rien. Elle remuait les lèvres, comme si elle n'osait faire une question qui la troublait. A plusieurs reprises, les mots s'arrêtèrent ainsi sur sa bouche. Enfin, elle fit effort sur elle-même, et, d'une voix tout angoissée:

—Honoré, dit-elle, est-ce que tu me laisseras Désirée?