Le Bolloche et sa fille se promenèrent d'abord tous deux dans l'allée. Il était rayonnant. Son bonheur se doublait de la fierté de marcher près d'elle. Il jouissait des étonnements qu'elle provoquait. Il la considérait, comme pour réhabituer ses yeux à chacun des traits de son enfant.

—Ah! petite, disait-il, petite, que je suis content! Je ne puis vivre sans te voir!

Il ne pouvait dire autre chose.

Puis la mère Le Bolloche vint les retrouver. On monta vers l'hospice dont il fallut faire le tour, vers le grand verger entouré de murs, qui ne s'ouvrait que par faveur aux parents en visite. Et alors la conversation s'engagea. Désirée avait dû se mettre entre les deux vieux. Ils lui parlaient en même temps, chacun de ce qui l'intéressait. Les moindres choses du domaine revivaient dans leur souvenir avec une merveilleuse intensité de tendresse et de regret. C'est incroyable tout ce qu'un pré, une maison et une pauvre aïeule qu'on a laissés peuvent fournir de questions.

Désirée répondait de son mieux. La joie des siens l'épanouissait aussi. Elle n'avait pas le temps de penser à elle-même. Et cependant, chaque fois qu'elle arrivait au détour d'une certaine allée, l'ombre des ailes du moulin, franchissant les murs, accourait au-devant d'elle, l'enveloppait, semblait vouloir l'enlever au passage. Désirée en éprouvait un petit frisson. Elle s'imaginait, bien à tort peut-être, et sans avoir la liberté d'y penser, d'ailleurs, que ces grands bras d'ombre l'appelaient, et qu'il y avait là-bas, par une fente ignorée du moulin, deux yeux bruns qui la suivaient.

V

De retour chez elle, Désirée trouva l'aïeule moins inquiète qu'elle ne le supposait, heureuse de lui annoncer:

—Petite, il est venu pendant ton absence une belle commande, douze chaises à rempailler finement, en blanc et noir: on dirait que le métier veut reprendre.

Désirée ne se faisait pas d'illusion à ce sujet, mais l'occasion n'en était pas moins bonne.