—Quelle mine aurai-je, à la noce de Désirée, nippé comme je suis, avec une veste loqueteuse, mon pantalon trop court, mes sabots, ma chéchia de zouave usée par plaques et sans fond? Est-ce là une tenue? Je ferai rire de moi les parents et les amis qu'on invitera en nombre,—car ce sera une belle fête;—ceux qui m'ont vu il y a vingt ans auront honte de me connaître, et Désirée elle-même, toute bonne fille qu'elle soit, ne sera pas flattée, elle, dans sa robe neuve de mariée, d'avoir à côté d'elle un tel bonhomme de père. Il vaut mieux n'y pas aller. Non, je n'irai pas!

Et il avait déjà commencé à préparer ses compagnons d'armes et de dernier asile à cette résolution désespérée.

—Je n'irai probablement pas, leur disait-il. J'ai un diantre de rhumatisme à l'épaule!

Mais ils n'en croyaient rien. Un rhumatisme, lui! Allons donc! Quand il se promenait seul, ils le voyaient de loin, faire le moulinet avec sa canne et couper d'un coup sec les têtes des laiterons poussées au bord du champ. La vigueur seule du moulinet avait suffi à prouver que Le Bolloche mentait; elle indiquait aussi un état violent de l'âme, que les Sœurs, naturellement, n'étaient pas sans remarquer.

—Je ne sais pas ce qu'a notre petit père Le Bolloche, disait Sœur Dorothée: il mange bien, il boit bien, il dort bien, il a eu, avant-hier encore, sa provision de tabac. Et il n'a pas l'air heureux!

En effet, d'ordinaire, les petits bonshommes, qui ont tous ces biens-là, ne se trouvent pas à plaindre. Comme elle était femme et très fine,—ce qu'aucun vœu n'empêche,—elle voulait savoir. Un matin qu'elle habillait un de ses compagnons d'armes,—car Le Bolloche s'habillait tout seul,—elle pressa celui-ci de questions adroitement posées. Elle ne lui demanda pas:

—Qu'avez-vous?

Non, mais soupçonnant bien que la peine avait pour cause le mariage de Désirée, elle dit:

—J'espère que vous serez content, mon petit père, de voir votre fille en mariée.

—Sans doute, grogna Le Bolloche.