—Evelyne, j'ai pris sur moi d'écrire à madame Morand.

—A la mère de monsieur Morand qui est venu ici? A madame Morand qui habite le Bugey?

—Parfaitement. Je lui ai dit que tu aimais toujours son fils.

—Mais vous n'en savez rien!

—Je lui ai dit que tu étais une femme remarquable, un cœur charmant, une laborieuse, et une pauvre enfant qui souffre trop...

Elle s'arrêta, ne pouvant prononcer les autres mots... Evelyne écoutait, blanche, effarée.

—La lettre était jolie, je t'assure; madame Mauléon me l'a répété... Ma petite, ce que je n'osais pas espérer est arrivé: madame Morand a répondu. J'ai trouvé une vraie mère. J'ai sa lettre. Tiens, lis, mon trésor! Moi, je ne pourrais pas.

Elle se mit à sangloter, le dos appuyé à la chaise basse, contente de pleurer enfin devant témoin, ce qui est un aveu, un partage; contente, à présent, qu'elle commençait à espérer, et qu'elle pouvait s'attendrir sur elle-même, sans risquer d'émouvoir par trop l'adorée Evelyne aux cheveux couleur de noisette, la petite qui lisait en face d'elle.

Evelyne lisait une lettre d'une écriture fine, penchée, sans ornement ni rature, sur une feuille de papier bordée d'un filet noir:

Le Haut-Clos, 10 août 190...