—Ma Simone, dit-il, personne ne t'a manqué, j'espère, dans cette maison-là?
Vers l'heure du dîner, quand M. L'Héréec revint de Tréguier, il n'apprit pas sans émotion que M. Guen et Sullian avaient failli entrer dans la maison de madame Jeanne. Il se fit raconter la promenade à travers les rues de Lannion, le naufrage de Sullian, le retour à Perros, et, comme il demandait:
—J'aurais voulu assister à cette scène que tu as vue, quand la dernière dépêche est arrivée, annonçant le sauvetage...
—Oui, répondit naïvement Simone, quand ma tante Marie-Anne y pensait seulement, on l'aurait crue en paradis.
Il était dans la destinée de cette petite Marie-Anne, l'humble Perrosienne, de répandre autour d'elle comme un rêve très doux et très sain.
M. L'Héréec ne cessa toute la soirée de songer à elle.
Et Simone se dit que la journée avait été bonne, puisque madame Jeanne avait eu un mouvement de tendresse, et que son père était près de pleurer du retour de Sullian.
XX
Octobre était venu. Depuis une quinzaine, presque chaque matin, Simone accompagnait son père, quand il se rendait à l'usine. Elle l'attendait, laissant ouverte la porte de sa chambre pour le voir passer, courait à sa rencontre dans le couloir vitré où des papillons bruns, réfugiés contre le froid de la nuit, battaient de l'aile en montant. Tous deux, ils s'embrassaient, très heureux de se dire: «mon père, ma fille», si bien accoutumés l'un à l'autre qu'on aurait pu croire qu'ils avaient toujours vécu ainsi. M. L'Héréec entrait chez sa mère, comme il en avait l'habitude depuis sa petite enfance, et alors, libre, presque gai bien souvent, il emmenait Simone par la rue du Pavé-Neuf, l'espace de deux cents mètres peut-être, jusqu'au bord du Guer où il trouvait le canot. C'était leur meilleur moment de la journée. Ils allaient à tout petits pas pour le prolonger. Simone s'était dit que l'explication tant souhaitée, l'aveu qu'elle espérait et qu'elle avait senti plusieurs fois effleurer les lèvres du père, aurait lieu pendant une de ces promenades matinales.