Mais les mères qui sont loin ne voient pas tout ce qui se passe.
Simone, partie du milieu de la plage, avait, en suivant le bord, atteint l'extrémité gauche de la baie, où le sable s'amincit et se perd, près des assises rousses des falaises que la mer ne quitte pas. C'était une belle enfant, en effet, qui deviendrait peut-être une jolie femme: la taille un peu forte, les épaules un peu épaisses, les joues d'un ovale trop plein, encore dans cette période où la poussée de sève et de couleur cache des lignes inconnues. Mais la bouche était large et sérieuse, le nez mince, légèrement courbé, les yeux très francs, très droits, d'un brun qui devenait doré quand elle souriait. A sa robe courte, à la tresse châtain nouée par une agrafe d'écaille, on reconnaissait que sa mère ne tenait pas à la vieillir. L'expression habituellement grave du visage, quelque chose de résolu dans toute sa personne, démentait cette robe courte. Simone allait, grisée d'air salin et de soleil, prise à tout ce qu'elle voyait, la tête levée, ne songeant guère.
A vingt mètres du rocher, elle s'arrêta. Il y avait là, échoué sur le sable, la coque inclinée, un sloop dont la mer commençait à soulever la proue. La jeune fille se pencha, et lut: Edith. Un souvenir classique, implacable, murmura en elle: «au cou de cygne». Et elle trouva tout naturel que le bateau fût peint en blanc, avec un filet d'or, comme un collier.
Au même moment, un marin du bord arrivait du bout de la plage, jeune, le béret sur la tête, le gilet de tricot bleu portant le nom du sloop. En passant près de Simone, qui ne l'entendait pas venir, il salua militairement, et dit, en montrant toutes ses dents:
—Vous embarquez, mademoiselle?
Et il enjamba le bordage.
Simone ne s'effaroucha pas, et demanda:
—Vous êtes du port de Saint-Malo, peut-être?
Le marin, qui dénouait la corde enroulée autour de la voile, s'arrêta un moment:
—Pardon, mademoiselle, nous sommes Lannionnais.