—Oui, ma mignonne.
—Et la plage de Trestrao?
—Sans doute.
—Et la pointe du château où vous avez chaviré?
—Je le crois!
—Et puis nous irons à Ploumanac'h, quand la mer sautera autour du phare? à Trégastel aussi? Grand-père, il faudra décider maman à venir avec nous au pardon de la Clarté. C'est bientôt?
—Le 15 août.
—Elle viendra! Voyez-vous comme elle a envie de dire oui! Elle viendra! Dans la carriole du boulanger! Je ne veux pas de voiture. Nous ferons comme maman faisait, quand elle avait mon âge!
Ce soir-là, la maison du capitaine, bien close contre le vent, contre les regards, ressemblait à une île où des gens heureux se seraient retirés à l'abri, ignorés, sans témoins. Personne encore, ou bien peu de gens savaient l'arrivée des deux Jersiaises. L'émotion du retour était dans sa fraîcheur. Les souvenirs, qui remontent comme une plante vivace, n'avaient pas eu le temps de jeter leurs grandes rames tristes dans cette subite floraison de joie.
Le vieux Guen rayonnait. Bien tard, quand tout le monde fut couché, il ouvrit discrètement la porte, il s'échappa pour se promener à grands pas sur la jetée, où la mer montait caressante et chantante. Il reconnut son canot, et, pour la première fois depuis longtemps, ne songea pas aux projets de pêche pour le lendemain. Il pensait: «Que c'est bon de se retrouver!» Et cela lui remplissait l'âme. Et les voyageuses, dans la chambre qu'il apercevait de loin, à cause de la veilleuse allumée, pensaient de même.