—Viens, viens! dit-elle.

—Où donc?

—Viens vite!

Les spectateurs se rangèrent, pour laisser passer la jeune fille.

—Je suis souffrante, dit madame Corentine en l'entraînant. Viens... je veux rentrer.

Elle tournait les groupes inégaux massés sur la place, elle ne levait pas les yeux, sa main tremblait, et ne lâchait pas celle de Simone. Une voix d'homme, éclatant près d'elle, la secoua d'un frisson. C'était un marchand dont la foule avait renversé le tréteau.

Au bout de la place, vers le nord, il y avait l'auberge où l'on s'était donné rendez-vous.

—Entre là, dit madame Corentine: de l'autre côté, dans la petite salle, tu seras mieux... Mets ton manteau... nous partons.

Elle-même, debout près de la porte, jeta un coup d'œil sur les hommes plus rares autour d'elle. Celui qu'elle redoutait d'y voir n'était pas là. Il n'y avait que Guen, causant paisible, comme elle l'avait laissé, avec deux vieux de son âge.

Il vint, elle lui dit quelques mots, et il partit aussitôt vers le pré voisin en hochant la tête. Que cela était triste, capitaine Guen, cette guerre des époux que vous n'aviez pas connue, vous, dans vos vingt ans de mariage! Que cela était dur de fuir, emmenant la fille de peur du mari, et la petite-fille de peur du père! Oh! la maudite fête de Lannion, qui troublait encore celle-ci, quinze ans après!...