Madame Corentine lui trouva les mains moites et les traits tirés.
—Tu t'es fatiguée, Marie-Anne. Ce n'est pas bien. Sois donc sage! Sois donc calme un peu! La lettre viendra. Mon Dieu, ce n'est qu'un retard.
Calme! qui donc l'était dans la maison? Guen lui-même, quand il apprit que son gendre n'avait pas écrit, ne put s'empêcher de dire:
—Je ne comprends pas cela. Il faut qu'il soit resté en Espagne.
Lui aussi, il avait été rouvrir la porte, comme s'il ne savait pas bien quel temps il faisait, et il était revenu en haussant les épaules, mécontent.
Sa fille aînée était remontée comme il entrait.
—Je vais quitter mon manteau, père, et écrire à Saint-Hélier. Un mot pressé.
Elle n'avait rien écrit. Elle n'avait pas enlevé son manteau. Elle se tenait derrière la fenêtre de la chambre, écartant du doigt le rideau, le front appuyé sur les vitres, et elle essayait de reconnaître quelqu'un, parmi les gens qui arrivaient du pardon, et traversaient le quai.
Une sorte d'angoisse la tenait là, immobile.
Passerait-il? Oh! maintenant elle savait bien qu'il n'y aurait pas de scène, pas de tentative pour emmener Simone. Il avait vu l'enfant. Et il n'avait rien fait pour se montrer à elle, rien qu'un pas, d'instinct. Puis il s'était arrêté. Malgré elle, madame Corentine lui était reconnaissante. Il avait agi en galant homme. Assurément la tentation avait été forte... Quel visage triste!... Quelle vie ce devait être à Lannion... la sienne, à elle... et, plus vide encore, sans enfant, sans rien...