Les vitres tremblaient. C'étaient comme des voix hurlantes qui enveloppaient la maison du capitaine. Pourtant, elles faisaient moins de bruit que le balancier du petit réveil. L'attention était concentrée sur ces dernières minutes qui pouvaient encore parler. Qu'importait la tempête maintenant! Lui, il avait échappé ou il était mort. Le vent pouvait souffler. Les âmes ne l'écoutaient plus. Elles attendaient.

Quand l'aiguille passa sur dix heures, le réveil ne sonna pas. Il ne sortit de la boîte de cuivre qu'un son bref de ressort détendu. Et tout le monde tressaillit. Corentine se dressa tout debout. Le vieux Guen eut l'air plus effaré. Marie-Anne, blanche, ferma les yeux, baissa la tête, et s'appuya de ses deux mains à la cheminée. Puis elle se laissa aller, sans un mot, sur les genoux. Sa sœur et la vieille femme la relevèrent.

—Viens, Marie-Anne, dit Corentine, il faut te mettre au lit. Tu n'en peux plus.

Elle se laissa déshabiller et coucher, inerte, indifférente, tandis que le capitaine descendait, comme ivre de chagrin, tâtant les murs, et ouvrait toute grande la porte d'entrée, pour écouter s'il ne venait pas, lui, l'attendu.

Et rien ne vint.

Il n'y avait toujours que la mer démontée et les nuages courant sur la lune.

X

Le lendemain, à l'aube, l'enfant venait de naître. Marie-Anne était accouchée presque sans se plaindre, sans une larme. Étendue sur le lit au fond de la chambre, les rideaux à demi tirés, elle avait l'air d'une morte. Quand Corentine lui avait dit, tout bas, presque joyeusement: «C'est un garçon!» elle n'avait rien répondu. Le fils d'un père mort, un pauvre petit qui vient tandis que la vague roule encore le cadavre de l'homme, est-ce une joie? Et vieillir auprès de ce témoin grandissant de son malheur, est-ce un avenir? O enfants de marins, combien d'entre vous sont nés ainsi de mères désolées? Combien dont la venue en ce monde n'a été saluée que par des larmes! Il a dû vous rester quelque chose de cette tristesse prise au sang de vos mères. Et l'on vous reconnaît peut-être, parmi la race songeuse et déjà sombre d'elle-même.

Corentine habillait le petit, près de la fenêtre que rayait au milieu la bande rose de l'horizon. Quelque chose d'heureux souriait dans le ciel lavé. Elle se hâtait. Dans le tas de brassières et de langes, et de bavettes, disposées sur une chaise à portée de la main, elle choisissait ce qu'il y avait de plus joli. Elle essayait plusieurs bonnets, et, nouant la ruche de dentelle autour de la petite tête endormie, elle baisait l'enfant avec une douceur inattendue. Elle se sentait la vraie mère de la frêle créature, en ce moment, chargée de lui donner les premières caresses. Et son cœur, qui était demeuré très maternel, s'ouvrait complaisamment à d'anciennes tendresses. Et elle songeait, le regardant étendu sur ses genoux, dans sa toilette blanche de nouveau-né, qu'elle eût été infiniment heureuse d'avoir un autre enfant, un fils comme lui.