« Article premier. — Messieurs les hôtes se lèvent à cinq heures, et se rendent à l’église le plus tôt qu’ils peuvent. »

— Je me lève plus volontiers de bonne heure depuis que je suis vieux, songea Josuah. Il y a une harmonie singulière entre la vieillesse et le matin. L’article ne me gênerait guère.

« Art. 2. — Ils assistent tous les jours à la messe de communauté, aux vêpres et au Salve Regina. Le coucher aura lieu à huit heures en hiver, à neuf heures en été. »

— C’est un régime dont je n’avais pas l’habitude, avant ma retraite, et qui pourrait être amendé. Je pourrais être, sans doute, en demi-retraite, comme on est en demi-solde. D’ailleurs, le chant du Salve m’a donné une forte émotion artistique. Je l’entendrai volontiers chaque soir. Ces Frères en brun, d’un côté de la nef, ces Pères en blanc, de l’autre ; ces têtes énergiques devinées à travers l’ombre, ces voix graves que recueille l’air muet du dehors…

« Art. 3. — MM. les étrangers doivent toujours éviter la rencontre des religieux et des frères convers, et s’écarter des lieux où ils sont à travailler. Les religieux, étant astreints à un perpétuel et rigoureux silence, ne peuvent donner aucune réponse à ceux qui leur adresseraient la parole. »

— Article magnifique ! Quelle satisfaction de ne plus entendre les hommes parler, et d’avoir la certitude qu’ils ne vous interrogeront pas ! Voilà un vœu que j’ai souvent formé, et que j’ai cru irréalisable… Des sympathies qui se taisent ; des antipathies qui ne s’expriment pas ; des défiances qui n’ont pas la permission de se traduire par des mots ou même des gestes… Je n’ai trouvé cela qu’ici.

« Art. 4. — MM. les étrangers qui amènent avec eux leurs chevaux ne doivent régler avec le Père hôtelier que leur propre dépense. Pour celle des chevaux, ils s’entendent avec le Frère chargé des écuries. »

— Cela ne me regarde plus, dit Josuah. Mais l’ensemble des conditions m’agrée.

Il sortit aussitôt, et traversa le jardin sablé de sable de carrière, car il venait d’apercevoir, en se détournant, la tête chenue du prieur entre deux cônes de poiriers.

— Monsieur le prieur, fit-il, j’ai eu une idée que je crois bonne. Je voudrais demeurer ici.