—De qui parlez-vous?
—De Bélanger: dès que nous l'avons eu quitté, ce matin,—vous vous souvenez que notre arrivée à l'improviste l'avait chagriné,—il s'est mis à écrire. Voici la lettre.
Cette lettre était adressée à Étienne Lamy, qui me l'a donnée. Je la transcris fidèlement:
Rivière-du-Loup, Montmagny, mai 1912.
«Cher monsieur,
»Pardon de venir vous relancer, mais, si je comprends bien votre visite, vous venez étudier l'âme française en Amérique, et je crains bien que, pendant votre courte visite sous mon toit, je n'aie pas eu le temps de vous la montrer dans sa vivacité. Pour bien la comprendre, il vous faudrait entendre nos enfants, quand ils sont tous réunis, dérouler leur répertoire de vieilles chansons de France et nous questionner sur votre beau pays.
»Vos malheurs, vos succès, vos gloires, trouvent un écho dans nos cœurs, et cet attachement profond à la vieille mère patrie ne nous empêche pas d'être de loyaux et fidèles sujets britanniques. Expliquez cela si vous le pouvez.
»Merci à vous et à vos compagnons de voyage pour l'honneur que vous m'avez fait de visiter mon humble toit. Je comprends que c'est le paysan canadien-français que vous avez honoré en ma personne, et je vous remercie au nom de tous.
»Croyez-moi, cher monsieur, votre bien dévoué.
»F. BÉLANGER.»