— Madame Saulieu, parce qu'elle a fait la connaissance de ma sœur, croit connaître le monde auquel ma sœur appartient : dites-lui donc de ma part qu'elle se trompe!
Aucun esprit assez délié ne se trouvait là pour apprécier la ferveur de telles paroles prononcées par une femme en état de rébellion sincère contre la société qui l'avait formée. Et ces paroles sortaient si bien des profondeurs d'Élise qu'elle-même ne les reconnut point au passage, ne les estima point à leur valeur, et les oublia vite.
Jean-Marie, sans malice, répondait :
— Madame Saulieu se trompe : je le lui dis tous les jours. Mon avis est qu'il faut rester dans son milieu.
— Et que réplique-t-elle à cela?
— Elle réplique que c'est tellement son avis que, par exemple, elle n'ira pas chez les Josse…
— Pourquoi pas chez les Josse?
— Mais, ma bonne amie, songez que les Josse ne sont pas mariés!…
Élise ne s'attendait pas à cela. Elle faillit pouffer, mais elle se contint cette fois-ci.
— En effet, dit-elle, les Josse ne sont pas mariés!… Et les Saulieu, eux, désormais sont mariés, et religieusement!…