Jean-Marie ne la laissa point douter qu'il l'aimât.

Ainsi, insensiblement, la grandeur même du chagrin d'Élise la sauva du désespoir en ne lui permettant pas d'analyser ce qui se passait en Jean-Marie et en la faisant glisser presque sans transition du cri de la douleur extrême à la volupté qui crie…

« Tu m'aimes donc?… Tu m'aimes donc?… »

Tous ses griefs contre la vie aboutissaient à cette ardente interrogation qui contient la réponse désirée. Entre les bras de celui pour qui elle avait tout renoncé, secouée à la fois par les sanglots et par l'ivresse heureuse, elle voyait apparaître les fantômes de tous les biens du monde qu'elle avait reniés en faveur du seul amour ; elle les pesait et elle pesait le néant de la condition où elle était réduite. Dans cette heure d'exaltation, toutes choses se précisaient à ses yeux avec une netteté implacable ; plus d'ignorance, plus d'illusions possibles pour elle : elle savait, elle jaugeait ; sa tête lucide n'éprouvait aucun vertige à contempler à la fois l'immensité du Paradis perdu et la modestie avouée, reconnue par elle, de l'objet qu'elle avait voulu en échange. Et comment le tumulte des pensées chez cette femme infortunée se traduisait-il? Uniquement par ces mots qui contiennent question et réponse et qui, à cause de cela, font peut-être l'expression la plus naturelle de la passion amoureuse qui veut être satisfaite, fût-ce au prix de la plus grande duperie :

« Tu m'aimes donc?… Tu m'aimes donc?… »

XXXI

Après une journée si bien terminée, Élise, suspendue aux lèvres de son amant, lui demanda :

— Alors… demain, mon Jean, tu me restes?

— Mais non, dit Jean-Marie : demain, tu sais bien que je vais retrouver ces messieurs.

— Alors, dit Élise, après-demain?…