Elle n'expédia point sa réponse avant le déjeuner. D'ailleurs, elle attendait son ami : ne valait-il pas mieux prendre l'avis de celui-ci avant d'agir?
Jean-Marie arriva à midi sonnant. Sa seule vue allégeait Élise de tout souci : elle l'aimait ; il l'aimait ; et puis il était si grand, si fort! Et il était son protecteur.
Rassérénée aussitôt par la présence chérie, Élise le fut à ce point qu'elle négligea même de demander à son ami ce qu'il convenait de faire, d'urgence, et s'il était nécessaire d'expédier à sa famille la lettre. Il ne subsistait plus pour elle de piquant, dans cette affaire, que le dépit d'avoir été découverte par son mari en ce qu'elle croyait ingénument être sa cachette.
— Mais, ma bonne amie, lui dit M. Le Coûtre, c'était par plaisanterie que nous appelions « cachette » votre appartement, quai du Louvre! Croyez-vous vraiment pouvoir nous dissimuler en plein Paris, vous avec la figure que vous avez, et moi avec ma taille? L'étonnant est que vous n'ayez pas reçu la lettre de votre mari trois semaines plus tôt! Qu'il fût à Paris ou au loin, cent personnes pouvaient l'informer!…
— C'est égal, soupirait Élise, je donnerais quelque chose pour savoir si c'est lui qui m'a suivie, ou quelque autre.
Elle en revenait sans cesse à ce petit problème, avec une obstination puérile. Elle s'attachait à un détail qui importait peu, et elle demeurait insouciante du reste.
M. Le Coûtre, bien qu'il eût prévu l'événement, ne le considérait pas d'un œil serein. Il dit à Élise :
— Qu'allez-vous répondre à votre mari et à votre famille?
— Répondre à mon mari?… A quoi bon? A ma famille, c'est déjà fait : voici la lettre…
— Ah!