— Adorer, adorer! c'est très gentil, c'est très bien! Mais si l'amour est libre, à présent, que devenons-nous!

— Et, hélas! que devenons-nous si nous sommes sans amour?

— Ton mari est un très bel homme!…

— Voilà!… Toi aussi!… Toujours la même rengaine me poursuivra. Mon mari est un très bel homme! Mais qu'est-ce que cela me fiche! Est-ce qu'on m'a élevée dans les ateliers de peinture ou de sculpture? Est-ce qu'on m'a enseigné à me pâmer devant les modèles et les plâtres? Est-ce qu'on m'a appris, au couvent, à me soumettre aux règles de l'esthétique? N'a-t-on pas tout fait, au contraire, pour que je me méfie de ce piège? Et puis, couvent ou non, qu'est-ce que c'est que la beauté en amour, sinon une idée qui ne dépend que de nous, non de la barbe ou des cheveux de celui que nous aimons, puisque, dès que nous aimons un homme, nous ne voulons même pas que l'on estime qu'il n'est pas beau?

— Oh! tu as toujours été forte en matière de raisonnement. Moi, je ne vais pas si avant. Puisque tu parles de couvent et d'éducation, je te dirai une chose, c'est qu'on m'a enseigné qu'il y a des règles du jeu, des règles de société, si tu veux, et qu'il ne faut pas tricher…

— Tu oublies qu'il s'agit là d'un jeu où votre adversaire ne vous accorde pas la « belle ». Si on perd, c'est définitif, c'est pour toute la vie… Moi, j'ai perdu.

Madame de Vamiraud eut un geste qui signifiait : « Oui, mais qu'y faire? »

— Oui, oui, dit Élise, toi, tu as gagné ; voilà la différence entre nous.

Elles restèrent séparées par un silence glacial. Madame de Vamiraud se leva :

— Voyons, ma petite Élise, nous sommes tous désolés de cette malencontreuse aventure… J'espère bien que tu ne vas pas persister dans tes fantaisies et donner lieu à un scandale qui retomberait sur tous les membres de ta famille!