Il s'arrêta. À l'ordinaire, il m'eût dit: «Eh bien! gamin?» et il m'eût pris sur son genou. Il n'y songea pas. Il avait l'air de m'annoncer, à moi aussi, «la nouvelle», et, pour la première fois, ma présence le gênait. Ces dames le sentaient bien et je crois qu'elles en éprouvaient un malin plaisir.
Enfin, il se donna du ton:
—J'épouse…, dit-il.
—Si nous sortions? interrompit grand'mère.
On se leva. Le malheureux s'épongea le front avant de franchir le seuil, et il fit au moins vingt pas sur le sable avec sa belle-mère et ses tantes avant de pouvoir ajouter un mot. Grand'mère se retourna pour m'ordonner d'aller jouer. Mais je restai planté là, tout rouge, tout penaud et ayant une grande envie de pleurer à cause de l'embarras atroce où j'avais vu mon père.
M. Laballue vint le mercredi, comme à l'ordinaire; non pas faute d'être averti du départ de Félicie, mais il eût jugé indécent de s'abstenir.
Ces dames furent sans complaisance: elles avaient cessé de le flatter depuis que ses services ne s'imposaient plus. Le dîner et la soirée furent on ne peut plus pénibles. Cependant M. Laballue se montra courageux et galant jusqu'au bout: il fit la lecture à haute voix, comme s'il s'adressait à son amie absente, et coucha. Il eût pu se venger en nous apprenant une mauvaise nouvelle qu'il savait, mais il ne le fit pas; et, le lendemain, il monta en voiture en nous disant:
—À mercredi prochain!
La mauvaise nouvelle nous arriva par le facteur qui parla, vingt minutes durant, avant de toucher à son verre de vin et de remettre le courrier à Valentine. Les souscripteurs de grand'père Fantin, impayés, poursuivaient. Le bruit courait la ville et prenait les proportions d'un scandale.
Fridolin aspira de l'air et dit: