On s'écarta. Qu'allait-on apprendre encore?

—Je m'en doutais, fit grand'mère, il y a eu là-bas du grabuge…

—Tu ne te doutais de rien, dit Casimir.

Il avalait de grandes cuillerées d'oeufs au lait.

—Parle, lui dit sa femme.

—De grâce! que l'on me permette de souffler…

On l'installa provisoirement. Il devait mettre en ordre une correspondance volumineuse. Placé «au centre de ses opérations»,—la plupart de ses créanciers étaient du pays,—il s'agissait de faire face aux difficultés. Il écrivit jusqu'à l'heure du dîner.

On était sur les épines, parce qu'aucune nouvelle n'arrivait du bureau de poste. On supputait l'heure des levées, le départ de Langeais, l'arrivée à Beaumont, la réexpédition directe sur Paris. Une diligence était chargée du service postal à Beaumont. À la rigueur, on retrouverait peut-être la lettre à la station du chemin de fer, mais les employés la livreraient-ils? Par bonheur, grand-père nous étourdit avec ses histoires, même anciennes. Les repas étaient ordinairement si mornes qu'on lui sut presque gré d'être là. Et il captivait, parce qu'on attendait toujours l'explication de ses paroles mystérieuses.

Vers la fin du dîner, Mirabeau aboya. On eut un petit coup au coeur. On allait savoir si Félicie avait ou non reçu la lettre: l'annonce des événements, de la présence de Casimir à sa table.

On entendit tinter la sonnette de la cour. Puis, plus rien. Le chien avait fui et n'aboyait plus. Grand'mère se leva à demi; sa chaise nous parut produire un grand bruit. Tous ensemble firent: