Félicie lut la lettre sans donner aucun signe d'étonnement, d'indignation ou de douleur. On voyait, au travers des lunettes, la chair grossie des paupières immobiles; seul, un coin de la lèvre supérieure, à droite, battait, comme un pouls. Elle passa le papier bordé d'un mince filet noir à sa soeur, qui le passa à mademoiselle Adélaïde, et ainsi de suite. Quand chacun en eut pris connaissance, Félicie le jeta à Casimir.

On se leva. Pas une parole n'avait été prononcée; aucune ne le fut, sinon celle-ci, lorsque Casimir voulut ouvrir la bouche:

—Taisez-vous.

Et Félicie, en le regardant, quoiqu'elle fût de sa taille, semblait le regarder tout petit et par terre. Elle ne pouvait plus désormais éprouver de colère contre lui: il était garanti par l'excès même de sa sottise et de sa misère.

Pour tout autre que Casimir, c'était le moment de s'écrier: «Je suis sauvé!» Mais il n'avait ni malice, ni esprit de calcul. Il se confiait simplement à sa destinée qui n'avait jamais failli à le rasseoir en bonne place, aussitôt touché le fond du gouffre. Tel était l'élan communiqué par le coup de pied reçu à Langeais, que l'expulsé défonçait la porte d'entrée de Courance. Un toit valait l'autre.

XI

«ENTREZ! ENTREZ!… TANT QU'IL Y AURA DU PAIN DANS LA HUCHE…»

La résignation de Félicie nous effraya plus que sa colère.

Elle jouait aux cartes avec Casimir!

Ils étaient assis l'un vis-à-vis de l'autre, à une petite table ovale; le matin, l'après-midi, le soir, tous les jours de la semaine hormis celui où venait M. Laballue. Les termes du bésigue et du piquet s'élevaient seuls dans le salon d'utrecht, avec les gazouillements des jetons d'ivoire. Grand'mère et ces demoiselles osaient à peine regarder les deux partenaires, et tremblaient.