Elle demanda à grand-père Fantin s'il voyait un inconvénient à se rencontrer avec sa soeur, malgré le tour qu'elle lui avait joué. Il n'en voyait aucun.

—Allons! vous n'êtes pas susceptible.

Trois jours après, le frère et la soeur se faisaient mille tendresses, et ils se promenaient, bras dessus, bras dessous, dans les allées de Courance: les meilleurs amis du monde.

La première conséquence du séjour de madame Leduc fut que Félicie témoigna le désir de voir un prêtre. Elle ne voulait point entendre parler de l'abbé Fombonne, curé de sa paroisse; mais elle dit qu'elle recevrait monsieur le curé de Beaumont.

Le curé de Beaumont était un vieillard sec, très distingué et très digne. Originaire d'une grande famille, en dix années de ministère il avait distribué sa fortune. Il prêchait le renoncement au monde et vivait conformément à sa parole. C'est pour cela qu'on parlait peu de lui.

Quand il vint, on le laissa avec sa pénitente, et leur entretien dura longtemps. Félicie en sortit maussade.

—Je gage que monsieur le curé vous a reproché votre attachement aux biens terrestres?

—Peu importe! dit-elle; mais, quand j'aurai besoin d'un conseil, ce n'est pas à lui que je m'adresserai.

—Je vois qu'il n'a pas été de votre avis.

Ce petit incident causa des inquiétudes. On soupçonna qu'elle avait consulté le curé à propos de son testament. Pourquoi n'approuvait-il pas ses intentions? Et l'inquiétude s'accrut parce que Félicie se préparait décidément à la mort, et ne parlait pas d'ajouter le moindre codicille à ses dispositions déjà anciennes.