—Tu y comprends quelque chose? demanda sa soeur.

—Je comprends qu'il faut se méfier de ces gamins-là qui vont mettre leur nez partout.

Elle se pencha à l'oreille de Marguerite pour lui parler tout bas. Je fus vexé: je me jetai sur elle en lui allongeant une grande tape au hasard.

Elle se retourna avec une grimace qui lui découvrait les dents et le bout de la langue; et elle arrondit la main sur sa gorge, du côté droit, comme lorsqu'on tâte avec précaution une pêche d'espalier qui semble mûre.

—Le vilain brutal! Tu devrais bien commencer à t'apercevoir que nous ne sommes pas des garçons!

—Ce que tu nous as dit là n'est pas bien, fit Marguerite. Tu as de la chance d'avoir eu aussi, toi, un grand malheur, parce que sans cela on t'aurait grondé… D'abord, quand on sait quelque chose qu'il ne faut pas dire, on ne le dit pas.

De peur que nous ne fussions fâchés, elles me firent aller à la balançoire; mais, dès qu'elles m'eurent bien lancé, elles me plantèrent là et coururent au-devant de leur mère qui rentrait. Madame Pergeline vint m'embrasser et me dit, d'un air très grave, un doigt devant la bouche:

—Mon enfant, si vous avez appris des choses en cachette de vos parents, il faut bien vous garder de les répéter, parce que votre papa serait très mécontent.

Elle prévoyait juste, madame Pergeline.

Un matin, mon père fit une scène à sa belle-mère pendant le déjeuner.