Nous venions de tourner dans une longue rue pavée, et au bout était le château. Il paraissait énorme et tout gris. Nous nous dirigions vers lui. En continuant notre chemin, nous aurions pu frapper à la grille de la grande porte ogivale, au fond d'une cavité sombre, au delà du fossé; et, en levant les yeux, on n'apercevait que des mâchicoulis, des fenêtres pointues, des tours, des tours, et de hauts pignons couverts d'ardoises. Je devins fou: j'allais, j'allais… On me rappela:

—Riquet! mais ce n'est pas si loin!

Nous étions déjà chez l'oncle à la mode de Bretagne.

On toucha une grosse boucle de cuivre poli qui faisait marteau contre la porte cochère, et, au milieu de l'un des battants peints en vert, une petite porte s'ouvrit.

Je remarquai aussitôt une grande étendue de sable bien ratissé, des orangers en caisse, et des marronniers dont le feuillage jaune et roux empêchait de voir loin, sauf par une voûte ménagée à même la montagne d'ombrage, et qui semblait creusée dans de l'or. Et, au fin bout de ce tunnel, on distinguait, toutes petites, comme si on les eût regardées par une lorgnette à l'envers, des cloches à melons étincelant au soleil.

Mademoiselle Bringuet, la gouvernante, vint à nous, un trousseau de clefs à la main. Elle s'informa avec beaucoup de politesse de notre santé, de celle de madame Planté et de celle de toute la famille; et elle donna des ordres concernant les bagages.

Elle nous invita à entrer dans une salle à manger qui sentait les prunes et le pain frais.

—Prenez-vous votre collation tout de suite? demanda-t-elle, ou bien préférez-vous commencer par un brin de toilette?

Grand'mère objecta qu'elle dirait volontiers bonjour à l'oncle
Goislard.

Nous marchâmes, tous à la queue leu leu, par de longs corridors. Ils étaient ornés de gravures. Je vis aussi une horloge qui ressemblait à celle du «bout du monde», mais en plus beau. Enfin, mademoiselle Bringuet nous fit signe: «Attention! pas de bruit!»