Il fallut que Gilles racontât tout ce qui était advenu depuis la rencontre de la fée Malice.
L'ancien religieux retomba encore une fois à genoux après force signes de croix. Puis il dit:
—Je ne doute plus de quel seigneur proviennent les imaginations dont je suis assailli. J'en avais le triste pressentiment. On a bien fait de me jeter à la porte du couvent, oui; mais je veux rentrer en grâce! Je me ferai exorciser… J'irai à Rome, à pied, s'il le faut…
—Parbleu! vous aimez le voyage, dit Gilles.
—Ah! vous avez raison, simple homme des bois! fit Ildebert. Et voyez! jusqu'en mes moments de contrition la plus vive, le Malin vient me tendre des pièges… C'est le voyage qui me plaisait! Et je gage que, pour aller à Rome, j'eusse construit quelque ustensile inouï…
—Moi, dit l'homme des bois, je crois tout bonnement que la prison vous est contraire; et, si je pouvais vous tirer de là…
—N'en faites rien, quand vous connaîtriez des puissants du monde! dit l'ancien moine, car je commettrais le mal encore plus sûrement au dehors qu'au dedans. Mais si la réclusion vous effraye, ne vous exposez pas vous-même à la subir. Vous avez dans votre poche de quoi vous faire monter sur le bûcher!…
—Adieu et merci, Frère Ildebert, portez-vous bien!
Gilles s'en alla à l'auberge où il avait tué le ver, lors de son dernier voyage à la ville, en compagnie du défroqué.
Il demeurait perplexe et ruminait plusieurs choses à la fois dans sa tête.