On en prit le chemin. Le père et la mère Gilles versaient des larmes en commun, mais s'accusaient mutuellement du malheur arrivé.
Ils marchèrent durant un temps qui leur parut long, sans rencontrer ni pavillons, ni grilles, ni même une pierre décelant qu'une construction se fût élevée là. Gilles dit:
—Je ne me trompe pas: voici le soleil; il est quatre heures de relevée; nous sommes bien dans la direction… à moins que j'aie la berlue.
—Tu ne te trompes pas, lui fut-il répondu, mais tu nous trompes; et il faut nous montrer ces pavillons…
—Voici la clairière, dit Gilles: celui de gauche est ici, celui de droite est là…
—Gauche ou droite, lui fut-il dit, le certain est qu'il n'y a rien.
Gilles, se croyant fou, demanda à retourner à la cabane et à revenir sur ses pas.
On consentit à le ramener, toujours maintenu, à la cabane; et il revint en comptant ses pas, les yeux bandés; il s'arrêta exactement au même endroit.
Alors on lui dit qu'il était un imposteur et qu'il se moquait des autorités ecclésiastiques, civiles et militaires. Il persista à soutenir que les pavillons s'élevaient là, encore, la veille au soir, même qu'il avait vu l'herbe envahir les cours, la mousse y couvrir les toitures, des arbustes pousser dans la muraille déchaussée, et qu'il avait dû abattre de la main les toiles d'araignée tissées entre les barreaux, où le chat lui-même ne passait plus.
Et, comme il persistait en son dire, bien qu'il fût patent aux yeux de tous, et même aux siens, que la clairière était nue, sans pierrailles, et même hérissée d'une jolie bruyère rose, Gilles reçut l'ordre, ainsi que sa femme, de suivre l'escorte jusqu'à la ville.