—C'est bien l'endroit où séjourna Frère Ildebert, dit une femme qui gisait en un coin du réduit. Mais vous ne le verrez plus: il est retourné dans son couvent…

Gilles fut émerveillé que quelqu'un eût surpris ainsi sa pensée, car il n'avait point parlé de Frère Ildebert.

—Qui êtes-vous? demanda-t-il.

Et il discerna une femme excessivement vieille qui lui dit qu'elle était comme lui prisonnière, par la faute de posséder le don de seconde vue. Elle voyait, disait-elle, ce qui se passait au loin comme dans le voisinage, et était à même de prédire ce qui se passerait demain.

—En ce cas, dit Gilles, je ne suis pas fâché de vous rencontrer, car je voudrais savoir ce qu'il advient pour l'heure de mes deux filles bessonnes, et si je serai demain brûlé vif avec ma bourgeoise, malgré le fils de monsieur le conseiller Périnelle que j'ai l'honneur de connaître et qui doit avoir le bras long…

—Pour ce qui est du fils de monsieur le conseiller Périnelle, dit la vieille, il ne serait pas prudent de fonder sur lui grand espoir, car il a été incapable de faire élargir le Frère Ildebert, étant lui-même un peu suspect de s'adonner à la magie.

—Ah! dit Gilles, et comment le Frère Ildebert est-il sorti de prison?

—Grâce à l'idée qu'a eue son supérieur, de venir le réclamer.

—Mais comment son supérieur a-t-il pu concevoir une telle idée, le Frère ayant été chassé de son couvent pour s'être adonné à des commerces diaboliques?

—Oh! c'est bien simple, dit la vieille; une maladie s'était déclarée sur les vignes du couvent, les celliers étaient vides. Le supérieur s'est souvenu que le Frère Ildebert connaissait des secrets.