—Vous les voyez? dit la mère Gilles, incrédule, mais qui ne pouvait contenir son besoin de croire. Mais voilà qu'à présent elle avait peur de ce qu'elle pourrait entendre, et elle fit signe à la vieille de se taire.
Gilles s'assit tristement dans une encoignure du cachot et pensa à ses filles voyageuses; puis il tira de son gousset le médaillon qu'il avait ramassé à l'endroit même où s'était élevé un des pavillons. Et, profitant d'un restant de lumière, il dit à sa femme:
—Ça ne te rappelle rien, à toi?
Elle haussa les épaules, voulant signifier que tout le monde perdait la tête.
Gilles regardait néanmoins le médaillon et ne pouvait s'empêcher de penser qu'il était singulier que ce seul objet, reste des pavillons disparus, lui fût tombé entre les mains.
Il le regarda si attentivement que, la nuit suivante, il le revit en songe, mais déformé par l'imagination capricieuse du sommeil et agrandi, notamment, outre mesure.
La femme jeune et admirable qui y était représentée, non seulement avait atteint les proportions de l'objet que ce médaillon rappelait à Gilles,—et qui n'était autre que le portrait aperçu un jour dans la grande pièce des Pavillons,—mais adoptait, cette fois, toutes les apparences de la vie. C'était une femme chaude, animée, et belle, telle que le bûcheron n'en avait jamais vu—sauf une fois, le matin du baptême de ses filles, et pendant un temps beaucoup trop court;—elle était vêtue d'une tunique, non de drap d'or, mais de lin fort léger qui décelait les formes d'une déesse; ses cheveux étaient trop beaux pour être décrits; son visage eût été aimable s'il n'eût paru supérieur à celui de tous les mortels; et lorsqu'elle parlait, son sourire découvrait des dents bien rangées et éclatantes de pureté.
Cette femme merveilleuse parla, et elle dit à Gilles des choses qui lui parurent superbes, mais auxquelles il ne comprit absolument rien:
—Invisibles, parmi la foule des humains, dit-elle, il est des êtres que traverse la divine lumière et qui voltigent mieux que l'oiseau, le papillon ou la luciole des soirs d'été, sans être incommodés de ces deux pesants fardeaux que vous nommez l'espace et le temps.
Nous sommes les génies, ô bûcheron! Nous buvons la rosée du matin; nous nous baignons dans les sources de la forêt; nous nous plaisons au cœur des arbres que tu soignes ou que tu abats, car rien n'égale en volupté la senteur des bois et des feuillages; nous dansons la nuit sur les bruyères que la plante de nos pieds n'a même pas foulées le matin; et nous adorons la lune, notre sœur pâle, qui aime à se mirer dans l'eau immobile des étangs.