Ce fut la mère qui, n'y tenant plus, interrogea la première.
—Votre blondine, dit la vieille, est dans une belle salle de palais, car vos filles habitent chez un prince, et un jeune homme est à ses pieds…
—Un jeune homme! s'écria Gilles, mais je n'aime pas tant cela! Ma fille n'est pas née pour épouser un freluquet. Et que fait donc sa gouvernante?
—Sa gouvernante a dit que c'était parfait, que le jeune homme était excessivement bien élevé, et elle a été prendre l'air sous prétexte que la température est exquise…
—Je lui tirerai les oreilles et je donnerai sa perruque jaune à manger aux lapins.
La vieille continuait:
—Les instruments de musique font entendre des mélodies troublantes; des jeunes filles dansent harmonieusement; on sert dans des plateaux d'or les fruits du pays, et des liqueurs vermeilles dans des aiguières… Je vois des colonnes de porphyre, des esclaves sans nombre, des brûle-parfums, des corps frottés d'huile, des vêtements splendides, des têtes couronnées et des scènes d'amour…
—Mes filles sont perdues… dirent le bûcheron et sa femme.
—On court toujours quelque risque, du moment que l'on sort de chez soi.
La mère Gilles lança un coup d'œil du côté de son mari.