Se tournant vers la foule, vers les gens d'armes et les clercs, il ajouta:

—Qu'on distribue tout ce bois aux pauvres et qu'on laisse en paix ces braves gens!… Avez-vous, dit-il à l'oreille de Gilles, des nouvelles de vos filles?

—Hélas!

—Quoi? ne voyagent-elles plus et par des moyens qui semblent extraordinaires aux ignorants?

—Elles voyagent, soupira Gilles; elles voyagent, mais l'une va me revenir avec un enfant…

Pendant qu'ils s'entretenaient, ayant déjà quitté la place, une sorte d'oiseau d'immense envergure apparut, planant au-dessus de leurs têtes, mais à une merveilleuse altitude. Ce fut Loys qui le fit remarquer à plusieurs jeunes gens, lesquels coururent chercher, qui son arc, qui son mousqueton. Et tous les gens de qualité du lieu, de tirer à qui mieux mieux sur un si bel oiseau.

On crut que celui-ci était touché et perdait une patte ou bien deux car la chute d'un objet fut constatée. Mais l'oiseau, qui traçait de grands cercles dans l'espace, s'éloigna, et on le perdit de vue.

Le Frère Ildebert fit observer:

—La jeunesse tire sur tout ce qu'elle voit. C'est ainsi que bien des objets du monde demeurent à la merci de l'ignorance et peuvent être anéantis par elle. Pourquoi, ajouta-t-il en laissant virer tout à coup ses idées, suis-je arrivé sur la place au moment où vous alliez, monsieur, madame, griller comme deux côtelettes?

—Je n'en sais fichtre rien, dit Gilles, mais ceci, par exemple, est une chose bien faite!