—Nous ne savons pas, dirent-ils, déjà loin, nous partons pour un voyage autour de la planète!…
On les accompagna, pleurant, jusqu'à la porte de la ville, non loin du tilleul, au carrefour des Quatre-Chemins, où reposait Gillette, la pauvre victime de la locomotion outrancière; et, à la grande stupéfaction de tous, on les vit monter, mais aussi tranquillement que dans une bonne calèche de grands-pères, on les vit monter dans le fameux carrosse vert attelé des deux lézards géants.
Cet extravagant véhicule était conduit par le cocher rougeaud, à côté de qui se tenait le valet de pied, tous deux fort incommodés par les énormes queues dont les extrémités brimballaient jusqu'à leur nez incliné du côté opposé.
De l'ahurissement qu'un tel spectacle provoquait, une chose sauva les esprits; ce fut un bruit étrange, comparable à celui du vent de l'ouragan et de la meule transportée par la trombe meurtrière, et qui faisait relever les têtes, ici comme là-bas, dans les profondeurs de la foule: c'était la cage contenant le singe et les deux perroquets!
Cette cage volait, sans ailes ni secours d'aucune sorte, au-dessus du peuple pressé. Elle volait à la vitesse d'un gerfaut lancé contre sa proie, et elle produisait, dans l'air transpercé, une sorte de sifflement de sirène. Les trois animaux y furent toutefois parfaitement identifiés, à la grande joie des enfants.
Et cette cage, avec son contenu, vint d'elle-même s'asseoir sur le toit du carrosse vert, où le valet de pied, adroitement, l'assujettit avec des liens.
Et la voiture repartit à l'allure ordinaire de ses fantastiques coursiers.
Frère Ildebert, venu jusque-là, s'écria:
—Dieu les bénisse!… Ils ont le diable au corps.