—Mais maman, songe donc que c'est moi, avec Paul, qui ai fait les rats dans le grenier, il y a trois semaines, souviens-toi... Le pauvre grand-père qui s'est levé!... les pièges qu'il a tendus!... et il était si ennuyé de n'avoir seulement pas pris une souris!... Nous lancions des noix et des haricots secs, à la volée... ça court, ça trotte: pototo! patata!...

Maman riait de tout son cœur:

—Comment! c'était toi? c'était vous, petits gredins?...

J'étais bien sûre de n'être pas grondée par maman; elle ne pouvait pas: elle était trop bonne... et je lui faisais une espèce de confession générale, qui me soulageait. J'avais un besoin à présent, de me conformer à l'esprit d'idéal nouveau qui m'était apparu, même à n'avoir vu les choses que par le dehors, au Couvent du Sacré-Cœur.

Quand j'y fus entrée définitivement, je fus plus sérieusement conquise.


[V]

Je me trouvai rangée tout de suite au nombre des enfants sages.

C'est assez étonnant: je n'étais pas sage naturellement; il ne faudrait point du tout que l'on me crût une "momie;" l'histoire des rats, chez nous, ne figurait nullement un méfait isolé; mais j'avais tant entendu parler de "bonne éducation," tant entendu prêcher la nécessité d'être "une jeune fille bien élevée," sans avoir compris jusqu'alors, en quoi cela consistait exactement, que, tout à coup, ce couvent, avec son impérieuse rectitude, s'imposait à moi comme un moule pour lequel eussent été préparées, pétries, assouplies depuis dix ans, la matière et la substance mêmes dont j'étais faite.