Je suis porté à croire qu'il n'y a pas de plus grands perturbateurs de la paix publique que les personnes pourvues d'une conscience morale, pour peu que leur esprit soit, malgré cela, demeuré médiocre. Mme de Matefelon arrêta tout son monde au bas de la tour, et le conduisit à la chapelle, afin d'attirer par ses prières le pardon de Dieu sur madame la marquise, en «raison de l'héroïsme dont sa faute s'était, pour ainsi dire, embellie»; et elle chargea Fleury de faire tinter la cloche comme les jours où M. l'abbé Pucelle venait officier au château. Elle récita le chapelet à haute voix et en donnant beaucoup de chaleur à son accent.
Le marquis Foulques arriva de la chasse avec Chourie tandis que les prières duraient encore. Il entendit tinter la cloche, et ne trouva ni Fleury ni un garçon d'écurie à qui remettre les chevaux. Il en confia donc la garde à son compagnon et monta à la chapelle afin de savoir ce qu'il y avait.
Une grande obscurité comblait la nef; un pauvre lumignon brillotait seulement dans le chœur, et quand les gens répondaient tout d'une voix à Mme de Matefelon, on eût juré qu'ils étaient pour le moins une centaine.
Foulques pinça par le bras la première forme agenouillée qu'il heurta et l'interrogea sans songer à contrefaire sa voix. C'était une pauvre fille de basse-cour, qui reconnut parfaitement son maître, fut terrorisée et ne sut dire que:
«—Monsieur le marquis!… Monsieur le marquis!…»
Le bruit que le marquis était là se répandit aussitôt, et Foulques avait beau demander: «Mais, qu'est-ce que vous avez, tas de jean-f…?» personne n'osait lui avouer le sujet des présentes prières. Malitourne crut de son devoir de faire quelque chose; il se leva, prit le marquis par le bras et lui souffla:
«—Sortons, je vous dirai.»
L'assistance tremblait et répondait tout de travers. Mme de Matefelon s'inquiéta à son tour, et, voyant s'agiter Malitourne, elle n'hésita pas à penser que le maladroit était sur le point de commettre une sottise.
Elle s'élance, renverse Jacquette qui récitait elle aussi son Ave, d'une petite voix pointue, la relève, l'embrasse et trouve le temps de lui glisser à l'oreille:
«—Ma chère enfant, quoi qu'il arrive, tu ne dois pas mépriser ta mère.»