—Qui est-ce qui t'empêche d'en faire autant?
—Ah! bien, alors, si on ne peut plus s'amuser!…
Mon enfant, me disait monsieur Quinqueton, vous n'avez donc pas de plaisir à naviguer sur les océans, à pénétrer dans les Indes?
—Mais, sacristi, monsieur! il n'y a pas d'océans ni d'Indes, puisqu'il n'y a qu'un poirier et un banc.
—Il n'y a pas d'océans ni d'Indes! s'écriait Prosper; mais, mon pauvre vieux, regarde donc comme je suis fatigué!…
En effet, il suait à grosses gouttes, à force d'avoir piétiné. M. Quinqueton appelait madame Pacaud, afin qu'elle épongeât le front du voyageur. Et madame Pacaud, la serviette à la main, disait avec admiration:
—Parlez-moi d'un enfant aussi intrépide!
M. Quinqueton venait quelquefois dîner chez mes grands-parents. On le taquinait parce qu'il n'entendait pas malice et parce qu'il faisait volontiers étalage de «ses propriétés du Saumurois». M. Potu, notamment, un ami commun, qui avait la prétention qu'on ne lui en fît point accroire, empêtrait souvent M. Quinqueton en le pressant de dire avec exactitude en quoi consistaient ses «propriétés du Saumurois». J'en tirais prétexte à faire enrager Prosper, lors de notre prochaine partie de transports maritimes:
—Tu te donnes un mal insensé pour aller jusqu'à Seringapatam, lui disais-je; pourquoi ne t'arrêtes-tu seulement pas dans tes propriétés du Saumurois?
—Pourquoi je ne m'arrête pas dans mes propriétés du Saumurois?