Le souvenir de la soirée nous revint. Mais, sur la soirée, motus! Impossible d'arracher là-dessus une parole ni à madame de Saint-Quenain, ni à Radegonde.

Cependant Radegonde, c'était très apparent, enrageait de l'envie de parler. Dans l'après-midi, au retour d'une promenade au jardin de Blossac, après avoir échangé avec madame de Porcheton, à la porte du pâtissier, quelques mots qui nous parurent d'une sécheresse inaccoutumée, et pendant que madame de Saint-Quenain était à la caisse, Radegonde dit à son frère:

—Tu sais que l'histoire de la présentation, c'était une plaisanterie…

—Une plaisanterie?…

—Oui. Tu avais voulu me faire parler; moi, j'ai voulu me payer ta tête…

Elle allongeait son «pif», en disant cela, et elle faisait des yeux de mouton coupé de son troupeau. Elle n'était pas belle, pour le moment, Radegonde!

—Ah! tu as voulu te payer ma tête!… dit Raoul. Et ta toilette, c'était pour le roi de Prusse? Et la brouille avec les Desblouze et avec les Porcheton, c'est une plaisanterie?… Moi, dit-il, on ne me la fait pas: je sais ce qui s'est passé.

—Tu sais?… comment?… par qui?…

—Ça y est! Tu vois bien que tu es prise, ma pauvre fille.

Elle n'était pas difficile à prendre. Raoul me pinça le bras pour avoir un témoin bien éveillé, et me dit: