Et cela même nous amusa. Ce qui comblait Raoul de joie, c'est que sa sœur avait «rapporté» déjà, si vite! D'où il tirait prétexte à des vengeances. La guerre avec Radegonde était son jeu favori.

Aux gamins que nous étions, la vérité historique sur la soirée, la présentation et la brouille même n'importaient guère. Mais nous étions très intrigués d'avoir vu, pour un seul mot, écumer Radegonde.

Raoul regardait sa mère à la dérobée, chemin faisant, afin d'augurer de sa figure ce qui nous attendait en rentrant.

—Maman va éclater, pour sûr, me dit-il, elle est gonflée.

Mais, en arrivant, rue du Gervis-Vert, nous nous trouvâmes presque nez à nez, devant la porte, avec madame de Porcheton qui s'arrêta court et dit à madame de Saint-Quenain:

—J'allais vous demander quelques minutes d'entretien…

Raoul me pinça le bras, à me faire crier; il était aux anges; c'était sa mère qui, à notre place, allait y être de son «entretien»!

Madame de Saint-Quenain s'enferma seule avec madame de Porcheton. Vingt minutes plus tard, elle la reconduisait en causant le plus cordialement du monde. Et elle la reconduisait non pas à la porte, mais au petit escalier qui, près de la porte, menait à l'appartement de madame Desblouze. Et, ce qui était plus fort encore, elle montait avec elle cet escalier. Ah! ça, toutes deux n'allaient-elles pas demander à madame Desblouze aussi un «entretien»?

A l'issue de la double visite de madame de Porcheton à madame de Saint-Quenain et à madame Desblouze, revirement complet, situation retournée bout pour bout, visages détendus, pas la plus petite souvenance de «l'entretien» que l'on devait avoir avec nous, autorisation de faire du bruit au dîner, excellente humeur, et tout à coup ce propos, qui éclate après le potage:

—Eh bien! ma foi, il se pourrait que la petite Desblouze eût trouvé chaussure à son pied…