—Ma fille, il faut bien te garder de parler dédaigneusement de ce parti, quel qu'il soit, puisqu'il s'offre à ton amie Armande qui n'est pas en situation de faire la petite bouche. Cet homme est de famille excellente, affirme madame de Porcheton—qui, il est vrai, n'était pas informée, il y a un mois, du mariage et de l'instance en annulation!…—il gagne honorablement et largement sa vie, paraît-il, quoi qu'un peu trop lancé, pour mon goût, dans les affaires; enfin il fait preuve de sentiments désintéressés, puisque, parmi d'autres jeunes filles infiniment plus mariables à tous points de vue que mademoiselle Desblouze,—qui l'auraient éconduit, c'est possible, mais enfin qu'il eût pu courir la chance d'obtenir en les demandant,—il demande mademoiselle Desblouze.
—Et Armande, fîmes-nous presque en même temps, Raoul et moi, qu'est-ce qu'elle dit de cela, la pauvre Armande?
—Armande est enchantée de tout ce qui peut faire le bonheur de sa mère. Madame Desblouze pleure de joie. Elle n'espérait pas pouvoir jamais marier sa fille… C'est depuis que j'ai bien voulu accompagner madame de Porcheton chez elle… Car, mes enfants, il faut vous le dire, ces dames se tenaient, depuis plusieurs semaines, vis-à-vis de nous, sur une certaine réserve… N'ont-elles pas eu la naïveté de m'avouer qu'elles craignaient que nous ne vissions pas ce mariage d'un bon œil!… Et pourquoi? mon Dieu!
—Me voyez-vous jalouse, s'écria Radegonde, et à cause d'un homme déjà marié… qui sait?… bigame peut-être!…
—Il n'est pas exact de dire «un homme marié», ma fille, puisque encore une fois, le mariage de cet homme est annulé…
—En instance d'annulation, maman; pas si vite! Sa femme, qui ne veut pas se séparer de lui, a interjeté appel… j'ai retenu les termes…
—Tu es calée! dit Raoul. Oh! toi, quand une affaire t'intéresse!
—Elle m'intéresse à cause d'Armande, c'est bien naturel; personnellement, tu penses que je ne m'en soucie guère!
—Depuis que tu sais que le prétendant est marié!… ou en instance de tout ce que tu voudras… enfin avec un de ces fils à la patte qu'on n'est jamais tout à fait sûr de casser…
—Raoul! dit madame de Saint-Quenain, tu es blessant pour ta sœur.