—Mort? qui ça?…
—Augustin!
—Mais non, monsieur, monsieur Augustin est en bas. Il m'a dit: «Montez d'abord, madame Colatin, je vous en prie, voyez dans quel état est ma femme, j'ai trop peur d'essuyer le premier feu!»
Je m'écrie, malgré moi: «L'imbécile!» puis je hurle en me retournant vers l'intérieur: «Il est en bas! il est en bas! Madame Augustin, votre mari est là, il monte!»…
Tout le monde interroge la concierge au lieu de lui dire: «Allez le chercher, faites-le monter vite, sa femme le croit mort!» Pas plus que les autres je ne songe à le faire… Nous crions tous: «Il est là, il est là!» Nous gambadons, nous sautons de joie comme des enfants.
Le charivari, le tumulte me refoulent vers l'entrée. La porte est demeurée ouverte. Je reconnais le gros souffle d'Augustin. J'hésite une seconde entre le parti d'aller à lui ou d'aller vers sa femme demander au docteur si elle est en état d'embrasser son mari. Ceci est plus prudent. Pendant que je pénètre au salon, j'entends Augustin qui est sur le palier et qui fait: «Hem!… Hum!… Atch!… Hum!…» une petite tousserie familière, une façon gamine de demander: «Peut-on entrer? Vais-je être battu?»
Au salon, je vois le docteur Boniface relever son crâne rose qui reposait sur la poitrine de madame Augustin, et au seul contraste de sa figure avec celle qu'il a habituellement, je sens mes jambes manquer sous moi.
Il dit:
—Eh bien, elle est morte, ni plus ni moins.
Augustin qui, sans doute, avait adopté le parti de simuler l'inconscience pour excuser son retard, par la porte entr'ouverte, faisait d'une voix de bambin innocent: