—Constate, mon ami, constate! Mais cela n'empêche que tu ne reprends pas ta figure habituelle; et je constate, moi, ce que j'ai constaté en t'apercevant par la portière du compartiment: je tombe mal, j'ai été sotte de revenir, ça y est: je-te-dé-ran-ge!

Pleurs, gémissements dans le taxi-auto qui ramène à la maison le ménage Champenoy. Huguette a son impression; elle la veut justifiée; aussitôt chez elle, elle en demande la justification aux murs de l'appartement, aux objets qui traînent, à ce je ne sais quoi qui marque partout son absence d'une semaine. D'instinct, elle remet en place les objets, elle ramasse des bandes de journaux jetées hors du panier à papiers, et parmi elles un fragment de l'écriture de Louis, un commencement de lettre, abandonné, barré, chiffonné, jeté là; elle y déchiffre la date du jour: c'est de ce matin même et cela porte ces seuls mots:

«Chers amis,

»Patatras!»

—«Patatras!» Tu as écrit à tes amis: «Patatras!» C'était pour leur annoncer mon retour!…

—Je n'ai pas écrit «patatras!» à mes amis, puisque ce mot est biffé, chiffonné, et mis au panier…

—«Patatras!» a été ta première pensée, la bonne!…

—Écoute, ma petite Huguette, n'est-ce pas toi qui m'avais conseillé…

—… De te distraire? Oui, c'est moi, je ne le nie pas. Mais je reviens, et tu écris: «Patatras!»

—Guette, comprends, je t'en prie…

—Je comprends très bien «patatras!» Tout le monde comprendrait comme moi «patatras!» Ce «patatras» explique tout. Je comprends que pendant dix ans, nous avons cru ne pas pouvoir nous quitter. Je comprends qu'il y a huit jours tu pleurais autant que moi en me quittant. Je comprends que mon absence n'a pas duré une semaine, et que lorsque je t'annonce mon retour inopiné, tu écris à tes amis: «Patatras!»