—On m’a dit que son bien était hypothéqué.
—Oh! alors, si on vous l’a dit, vous en savez autant que ceux-là qui vous l’ont dit... Et moi, donc, à cette heure, voilà que j’en sais aussi long comme vous...
Je fus pris du remords de n’avoir pas conservé de relations avec ce pauvre M. Quinqueton. Lui avais-je seulement fait part de mon mariage? Aussitôt mon retour à Paris, j’envoyai une lettre de faire part au juge de paix, sans lui annoncer, bien entendu, mon achat de la Gloriette, ce qui eût été l’aveu que je connaissais ses déboires.
Je reçus de M. Quinqueton sa carte accompagnée d’un énigmatique assemblage de mots dont l’un était pour le moins étrange. Sous le nom de M. Quinqueton et sa fonction: «juge de paix», une main ferme avait écrit:
«Heureux et fier de tout ce qui peut rappeler Tristan de Mélisande, adresse ses compliments au jeune couple.»
Je me livrai à des supputations afin d’établir approximativement l’âge que pouvait avoir atteint M. Quinqueton; tous mes calculs aboutissaient à lui donner la soixantaine. Il fallait écarter l’hypothèse de la sénilité. Mais M. Quinqueton serait-il devenu fou à la suite de la mévente des vins succédant aux frais considérables de la réfection des vignobles? Cependant sa carte portait «juge de paix», et, d’ailleurs, un notaire aussi méticuleux que Mᵉ Camus ne m’eût point dit «juge de paix» si M. Quinqueton eût été révoqué ou démissionnaire.
«Tristan de Mélisande!» En quoi, justes dieux! pouvais-je bien avoir rappelé un Tristan de Mélisande à ce bon M. Quinqueton? Jamais ces syllabes euphoniques et manifestement étrangères à tout état civil n’avaient frappé mes oreilles. Qui était Tristan de Mélisande? Quel rapport pouvais-je bien posséder avec Tristan de Mélisande? Enfin, en vertu de quel sortilège ma lettre de faire part était-elle douée du pouvoir d’évoquer un Tristan de Mélisande?... Je demandai à ma femme si elle n’avait point dans sa famille quelque Tristan de Mélisande?... Elle n’en avait point, mais elle eut une inspiration:
—C’est un nom de toqué, dit-elle; pour moi, le fils de votre M. Quinqueton doit faire de la littérature...
—Bravo! ça y est!... Tristan de Mélisande enveloppe d’arabesques gracieuses l’humble réalité de Prosper Quinqueton! Ce mélodieux pseudonyme et un métier d’imagination sont la conséquence logique des embarquements pour le banc de bois, qui était la cité asiatique de Seringapatam!
Cependant je reçus une lettre qui était, elle, la conséquence logique de l’acte de politesse accompli par moi envers M. Quinqueton, et qui laissa en suspens notre dernière hypothèse.