—Vous viendrez à Vendôme, monsieur Francis? Vous ferez ça pour nous?

—Vendôme est sur le chemin de Paris; nous pensions quitter la campagne ces jours-ci, et je serai heureux de revoir M. Quinqueton. Mais ce n’est pas cela: il est indispensable que quelqu’un ici surveille la vente des vendanges et s’occupe de la vente des terres; vous ne pouvez, madame Pacaud, laisser plus longtemps seul M. Quinqueton; vous retournerez à Vendôme et direz à votre maître que je m’acquitterai du soin de ses affaires du Saumurois, et que je lui en rendrai compte avec toute la discrétion que l’on ne serait peut-être pas en droit d’attendre d’un homme d’affaires salarié. Ma présence à Vendôme sera d’ailleurs moins suspecte que toute autre. Quant à Prosper, eh bien, nous déciderons avec M. Quinqueton s’il convient ou non de lui parler.

—Je vas vous embrasser, monsieur Francis! il le faut. Madame, bien sûr, n’en sera point jalouse? Et dire que j’ai failli ne point vous causer ce matin!... Ah mais! c’est qu’un peu de plus, vous ne m’auriez pas fait desserrer les dents!

VII

Une huitaine de jours après, je prenais tristement le train pour Vendôme. Je n’avais point de fort bonnes nouvelles à donner à M. Quinqueton: les opérations de la vente étaient déplorables; toutefois, j’avais obtenu de quelques créanciers de surseoir à l’aliénation d’une partie du domaine, ce qui permettrait au propriétaire de s’en défaire plus avantageusement à l’amiable; mais, tous comptes faits approximativement, le prix total ne couvrirait pas les sommes garanties par hypothèque. Ah! s’il pouvait être temps encore de sauver les dix mille francs confiés à Prosper!...

Quelle ne fut pas ma surprise, sur le quai de la gare de Vendôme, d’apercevoir Prosper, tout jovial, l’œil animé, la joue heureuse et venant au-devant de moi les deux bras tendus! N’avait-il pas encore vu l’état de son père? Il en ignorait, en tous cas, la cause.

—C’est gentil à toi, mon vieux, de venir voir le papa dans son patelin!... c’est gentil!...

—Mais tu es aimable, toi aussi, Prosper, d’accourir au-devant de moi à la gare.