—Dieu a pris l’âme du juste... Si vous voulez venir jusqu’à la chapelle ardente, vous aurez la consolation de remarquer que ce bon monsieur a l’air d’un saint...

Je la suivis. Elle continua, sur le même ton:

—Chaque dimanche, ce bon monsieur mangeait sa petite douzaine d’huîtres; en portant quasi la dernière à sa bouche, il a eu un hoquet... Sœur Apolline l’a trouvé le nez sur la table.

Ce bon M. Ménétrier était couché sur son lit, la chair un peu flapie, mais la bouche encore heureuse. On lui avait posé sur la poitrine un crucifix qui semblait un bien grave objet pour lui. De vieilles dames priaient. En me reconnaissant, Sœur Apolline me désigna des yeux le cadavre, et sanglota. Je m’agenouillai sur un prie-Dieu. Au bout de quelques minutes, je me sentis frôlé par quelqu’un de larmoyant, et je vis une longue femme, le nez dans son mouchoir, qui me tendait un petit paquet où il était écrit: «Une pauvre mère de trois enfants, qui a de la reconnaissance à M. Ménétrier, sollicite de la famille la faveur de conserver ces deux jeux complets en souvenir.» Sœur Apolline se leva et me dit: «C’est la personne qui venait de temps en temps pour le jeu de ce bon monsieur...» Puis, elle me présenta le magistrat. Elle poussait de gros soupirs et sanglotait toujours; elle bégayait en s’adressant à moi:

—Oh! monsieur! oh! monsieur!

—Je sais, lui dis-je, que vous avez soigné le pauvre défunt comme un ange...

Mais elle ne voulait point de remerciements, et elle soupirait de plus belle.

—Oh! monsieur! fit-elle tout à coup et à voix haute, il faut que je le dise à quelqu’un!... Oui, je m’en confesse publiquement!... Il était si bon! il était si bon!...

On commençait à s’émouvoir. Ah! mais, ah! mais, que s’était-il passé entre Sœur Apolline et feu M. Ménétrier?... Elle confessa son crime:

—Je lui faisais sa partie de bésigue en cachette!