—Oh!… Plauchut!…
Alors Plauchut, tout à coup, se mit à pleurer comme un enfant. Il venait de songer à l'énormité du reproche qu'il faisait à son irréprochable infirmière; et, en même temps, il souffrait d'une violente irritation nerveuse, et il songeait à son malheur à lui; car il était vrai qu'il aimait cette femme.
Il partit. Ce n'était plus les départs des premiers temps de la guerre, alors qu'on accompagnait les hommes au chant de la Marseillaise.
Madame Vanves lui serra simplement la main; elle lui fit tout de même un petit cadeau, ce qui était assez d'usage: un stylo de deux francs soixante-dix.
Et, dans l'après-midi qui suivit le départ de Plauchut, madame Vanves arrivant à l'hôpital fut arrêtée par le planton qui lui dit que le médecin-chef était à son cabinet et désirait lui parler.
Madame Vanves alla avec une grande tranquillité au cabinet du médecin-chef. Ce n'était pas la première fois que le médecin-chef usait de prétextes pour avoir avec elle un petit moment d'entretien. C'était un homme doux, presque timide, marié, père de famille, mais visiblement complaisant aux figures de femmes agréables.
Elle le trouva très gauche: il se leva, déplaça des paperasses pour lui offrir un siège, la pria de s'asseoir, lui demanda des nouvelles de sa santé: les travaux de l'hôpital ne la fatiguaient-ils pas? Il semblait désirer qu'elle lui répondît qu'elle en était excédée. Elle dit qu'elle en avait pris l'habitude, que cette vie active lui était devenue comme nécessaire et ajouta en souriant que, si jamais la guerre prenait fin, elle en serait toute décontenancée:
—Qu'est-ce que je ferai, monsieur le médecin-chef?
M. le médecin-chef avait l'air de plus en plus incommodé; à mesure qu'il voyait de près madame Vanves, il désirait davantage continuer à la voir. Il pensait lui aussi que si la guerre était jamais finie il serait privé de l'aimable vue de madame Vanves; mais il saisit cette idée fournie par elle pour lui faire part de ce qu'il avait à lui dire et qui ne semblait pas du tout facile.
—Je voudrais bien que la guerre fût finie, moi, dit-il; pour beaucoup de raisons, mais à cause d'une entre autres. C'est que je serais par là dispensé de la mission pénible que j'ai à accomplir aujourd'hui…