Tout ce qu'on peut énumérer à la charge d'un homme qui, tout juste, ne fut pas un assassin de droit commun, on le fit, autour de la table, en présence de Sabine. Chaque histoire scandaleuse était précédée de la question, tantôt formulée à voix basse, tantôt ouvertement, et par manière plaisante; «On peut le dire…?» Sabine demeurait imperturbable; sa bouche souriait; ses yeux jetaient un feu inaccoutumé. Encore une fois, quelqu'un chuchota:
—On peut lui dire!…
—Oh! répondit-on, après ce qui a été dit, il ne s'agit vraiment là que d'une peccadille!
—Ma chère Sabine, avez-vous su cela? Quand Vérancourt était à vos pieds, l'hiver et le printemps 1913-1914; quand il était invité partout où vous dîniez, paraissait entièrement dompté, captivé, converti par vous,—miracle qui n'avait rien d'étonnant;—quand Vérancourt ne s'entretenait que de projets d'avenir charmant à vos côtés, et bâtissait châteaux en Espagne, et même en Ile-de-France, en s'ouvrant un crédit sur votre fortune personnelle, il est vrai, Vérancourt avait une liaison avec la propre femme de chambre de sa tante du Hautoit. Madame du Hautoit, qui les a surpris dans la mansarde de son hôtel, le raconte à qui veut entendre. Et il s'affichait, en outre, à Montmartre, avec la môme Tata dont le nom, au moins, vous est connu, chère amie…
Sabine bondit:
—Ça, ce n'est pas vrai!… Ce n'est pas vrai!
—Mais, chère amie, il y a les témoins, il y a les faits!…
—Je me moque des témoins et des faits. Je vous dis que ceci est faux, archi-faux! Et puis, j'en ai assez… j'en ai assez! Vous ne vous apercevez pas que vous dites des horreurs et que vous m'en faites dire?… Je connais Vérancourt, moi: voulez-vous que je vous dise ce qu'il est?…
—Il est celui qu'elle aime!… murmura quelqu'un.