—Oh! ma sœur, nous n'avons pas de ça, Dieu merci!… Mais vous savez, dans une rue comme dans une autre, y a toujours des personnes!…
—Allons! allons! dit la Sœur, désignez-moi «les personnes», «la personne». J'ai charge d'âmes, moi, vous comprenez…
—Mon Dieu, ma sœur, tout le monde connaît mademoiselle Irma, par exemple, au 19…
—Ah! «mademoiselle Irma»! Ah! «mademoiselle Irma, au 19»! Eh bien! elle va avoir de mes nouvelles, mademoiselle Irma!
Et voilà la Sœur partie pour le 19. Jamais de sa vie elle n'avait éprouvé une telle indignation. Rien au monde ne l'eût arrêtée dans sa course. Elle demanda mademoiselle Irma à la concierge du 19.
—Mademoiselle Irma! s'écrie la concierge du 19. C'est vous, ma bonne Sœur, qui demandez à voir mademoiselle Irma!… Si vous y tenez absolument, eh! bien… Son nom est écrit sur sa porte…
Et la concierge reste écroulée, son balai à la main, pendant que la Sœur grimpe quatre à quatre.
Au deuxième, c'est une espèce de gamine blonde, un fruit acide et vert, une petite nommée Georgette, qui vient lui ouvrir et manque de pouffer en voyant une religieuse. Mademoiselle Irma, elle, auprès de qui l'on introduit la religieuse, est bien plus grave. On la sent craintive. La Sœur, visiblement, lui en impose.
La Sœur, furieuse, n'y va pas par quatre chemins:
—C'est vous dit-elle, qui avez reçu, hier soir, un malheureux estropié de notre hôpital, un soldat médaillé, décoré, qui s'est conduit en héros: vous n'avez pas honte!